Bulletin sur l'Anacarde du 29 janvier 2013

Le marché en un coup d’oeil


Le marché de l’anacarde en Côte d’Ivoire

La récolte des premières noix s’intensifie en cette fin de mois de janvier, confirmant une production plutôt précoce en 2013.

La commercialisation continue de tourner au ralenti mais les réseaux de collecte commencent à s’activer et les prises de contacts entre exportateurs, grossistes et coopératives se multiplient pour la préparation de la campagne 2013.
Bulletin sur le Marché de l’Anacarde
La plupart des exportateurs attendent l’annonce du prix bord-champ officiel avant de commencer à préfinancer leur réseau mais certains acheteurs commencent à recevoir des préfinancements, notamment dans le Zanzan où la campagne sera très probablement et comme d’accoutumé plus intense que dans les autres régions en raison de la concurrence des acheteurs ghanéens. Dans ce district, les achats se maintiennent généralement à 150 FCFA/kg mais quelques achats à 200 FCFA/kg ont été notés.
Le marché de l’anacarde en Côte d’Ivoire
Dans le reste du pays, les petites ventes des stocks de l’ancienne récolte tout comme des premières noix de la nouvelle récolte se maintiennent à 100 FCFA/kg bord-champ. De plus en plus, se sont les producteurs les plus aisés qui rachètent le produit à leurs voisins.

Les derniers chiffres des exportations ivoiriennes de noix brute donnent le vertige. En 2012, la Côte d’Ivoire aura finalement exporté plus de 415 000 tonnes de noix brute. Si on y ajoute les exportations illégales par la frontière ghanéenne, la transformation locale et une estimation basse des stocks encore actuellement en brousse et qu’on y retranche environ 15 000 tonnes restant de la campagne 2011, cela donne une production 2012 qui a dépassé les 450 000 tonnes !


Le marché de l’anacarde en Afrique

Au Burkina Faso, la récolte commence également. Jusqu’à présent les achats se limitent à de très petits volumes payés par les transformatrices artisanales de la région d’Orodara ou par de petits commerçants locaux autour de 200 FCFA/kg.

Au Bénin, la collecte commence même si la date de lancement officielle de la campagne est fixée au 1er mars. Malgré le prix officiel minimum fixé à 250 FCFA/kg les achats se font actuellement entre 160 et 200 FCFA/kg selon les zones.

Au Ghana, les achats s’intensifient dès à présent, déjà les prix d’achat atteignent près de 250 FCFA/kg bord-champ, pour des noix de qualité moyenne 49 lbs. Il semble que les retombées du projet initiative du Cajou Africain dans ce pays portent leurs fruits et que le séchage des noix soit très largement pratiqué par les producteurs.

Le marché international de l’anacarde

Le marché international de la noix de cajou reste modérément actif. Les commandes d’amande pour des volumes restreints et des livraisons à court terme continuent sans que leur nombre soit suffisant pour provoquer une augmentation des prix. Les commandes de noix brute africaine sont par contre très limitées, notamment en raison du prix trop élevé offert par le principal pays où les noix sont actuellement disponibles : la Tanzanie, avec 1300 USD/t (635 FCFA/kg) CAF (1) pour un KOR moyen de 51 lbs.

Les ventes d’amande de cajou origine Inde se font entre 3,25 et 3,45 USD/lb (3450 et 3730 FCFA/kg) FOB (2). Le Vietnam entre en période de fête et ne sera donc pas très actifs sur les marchés d’exportation pendant les deux prochaines semaines, ce qui pourrait provoquer une légère hausse des prix offerts par l’Inde.

Les offres contractuelles commencent à se multiplier pour la noix d’Afrique de l’Ouest. Les prix CAF indicatifs pour ce début de campagne sont les suivants :

- 1000 à 1050 USD/t (490 à 515 FCFA/kg) pour la noix brute du Bénin de KOR moyen 49 lbs,
- 900 à 950 USD/t (440 à 465 FCFA/kg) pour la noix brute exportée par le Ghana avec un KOR moyen attendu de 48 lbs,
- 800 à 850 USD/t (390 à 415 FCFA/kg) pour la noix brute exportée par la Côte d’Ivoire avec un KOR moyen attendu de 47 lbs.

Le taux de change du Dollar par rapport au Franc CFA, plus faible que celui de l’année dernière à la même période reste à 1 USD = 490 FCFA.

Le point de vue des analystes

La Demande :

Grâce aux toutes dernières statistiques commerciales disponibles, il est maintenant possible d’y voir un peu plus clair sur l’évolution de la consommation en 2012.

En 2012, si on l’observe du point de vue des pays occidentaux, la consommation mondiale de noix de cajou semble plutôt stable. Même si les statistiques d’importation du mois de décembre ne sont pas encore disponibles, tout porte à croire que la consommation des deux grandes zones de consommation historiques ne connait qu’une très légère reprise après la baisse de 2011.

 

Mais, en se plaçant du point de vue du premier exportateur mondial d’amande de cajou, la situation change complètement. Si les marchés traditionnels ont stagné en 2013, les marchés émergents ont connu une forte hausse, sous l’influence notamment de la stabilisation du prix de l’anacarde et de l’augmentation de celui des autres fruits à coques (amande de Californie, pistache, noix).



Le surplus d’exportations pour le Vietnam est conséquent : plus de 40 000 tonnes d’amandes (équivalent à 200 000 t de noix brute) de plus qu’en 2011 et près de 25 000 tonnes (125 000 t de noix brute) de plus qu’en 2010.

Si cette croissance des exportations vietnamiennes s’explique en partie par un report des stocks prévus pour l’exportation en 2011 qui n’ont pas trouvé preneur, elle confirme aussi l’intérêt croissant des consommateurs aisés des pays émergent pour la noix de cajou.

Les statistiques indiennes qui ne sont disponibles que jusqu’à Septembre dernier semblent également indiquer une hausse marquée de la consommation locale et un relatif maintien des exportations.

Dans ce contexte, le rapprochement entre le prix de l’anacarde et celui de l’amande de Californie pourrait avoir un impact sensible sur l’augmentation de la consommation mondiale en 2013. En effet, si les consommateurs européens et américains sont relativement peu sensibles aux différences de prix, les classes moyennes d’Asie et plus généralement des pays émergents le sont beaucoup plus. Si le prix de l’amande de Californie se maintien au-dessus de celui de l’amande de cajou durablement la consommation de cajou pourrait connaitre un bond important en 2013, capable d’absorber une bonne mondiale production qui semble de plus en plus possible.


 L’Offre :

Elle s’annonce plutôt bonne en Afrique de l’Ouest, tant en terme de quantité que de qualité. En effet, plusieurs des principaux pays producteurs de la sous-région (Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Bénin, Ghana) rapportent de très bonnes conditions climatiques, une augmentation des pratiques d’entretien et une fructification précoce. Une récole précoce devrait avoir pour conséquence moins de produits touchés par les pluies, un niveau d’humidité moindre et donc moins de dégradation des noix au stockage et au transport.

En Afrique de l’Est et au Brésil, où la récolte se finit actuellement, les récoltes ont été moindre que l’année passée mais restent dans la moyenne des trois dernières années avec 70 000 t attendues au Mozambique, 150 000 t attendues en Tanzanie et 230 000 t attendues au Brésil.

En Inde, la plupart des sources confirment les perspectives d’une bonne production également précoce, donc de plutôt bonne qualité.

Au Vietnam, les rendements devraient être corrects mais c’est la diminution des surfaces plantée qui inquiètent les transformateurs locaux. En effet, en raison de leur accès privilégié au marché chinois, les producteurs vietnamiens bénéficient de prix très élevés pour des cultures comme l’hévéa, le poivre ou le manioc. Un nombre important de producteurs d’anacarde délaissent depuis quelques années la noix de cajou au profit de ces cultures plus intensives et plus rentable à l’hectare. La récolte est attendue inférieure à 300 000 tonnes quand, en 2009, elle avait atteint les 350 000 tonnes.

Les stocks :

Les stocks d’amande de cajou sont relativement bas un peu partout dans le monde, en raison notamment d’un changement de stratégie des importateurs occidentaux qui face à la forte volatilité des prix du cajou et à la crise financière ont en grande partie abandonné les stratégie d’approvisionnement anticipé (commandes à 6 mois) pour donner une plus grand part aux achats à court terme (commandes à 2 ou 3 mois).

Par contre les stocks de noix brute restent relativement importants au niveau mondial, surtout en Afrique, avec plus de 80 000 tonnes encore disponibles en Tanzanie, plus de 40 000 t au Mozambique, environ 20 000 tonnes en Guinée-Bissau et environ 10 000 tonnes en Côte d’Ivoire. En effet, calquant leur stratégie sur celle de leur client, la plupart des transformateurs asiatiques ont eu tendance au cours de l’année passée à réduire leurs stocks de réserve pour s’approvisionner à relativement court terme.

Le bilan :

Aucune certitude n’est possible à l’heure actuelle sur la campagne à venir. La demande augmentant, les commandes d’amande et de noix brute devraient croitre en nombre et en quantité cette année mais de façon progressive étant donné que très peu d’acteurs du marché anticipent leurs approvisionnement à plus de 3-4 mois.

En parallèle, une bonne production en quantité et en qualité devrait maintenir des prix abordables pour les transformateurs et augmenter leur rentabilité. Si les prix restent stables, la vitesse de transformation sur tous les continents devrait donc augmenter et être capable d’absorber les importants volumes attendus.

Le facteur clé sera donc, cette année plus que tout autre, la logistique d’exportation. En effet, si des phénomènes de rétention massive comme celui de l’année passée en Côte d’Ivoire limitent l’offre puis déclenchent une avalanche de produit une fois atteint un certain seuil de prix, les ports africains devraient se retrouver cette année encore encombrés, provoquant le même phénomène dévastateurs que l’année passée : baisse des prix bord-champ dans les pays africains et en même temps augmentation des prix d’achat pour les transformateurs indiens.

Pour anticiper ce problème, un étalement important de la période de vente/collecte/exportation est conseillé cette année à tous les acteurs de la filière.

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(1) CAF : « Coûts, Assurance et Fret ». Terme commercial utilisé pour désigner le prix d’un produit livré au port de destination et non déchargé, ici les ports de Cochin et Kollam en Inde, le port d’Ho Chi Minh au Vietnam et le port de Fortaleza au Brésil. 
(2) FOB : « Free On Board », en français « libre à bord du bateau ». Terme commercial utilisé pour désigner le prix pour un produit livré à son port de départ, chargé sur un bateau et prêt à partir pour un port de destination. Len

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