En Côte d’Ivoire, la campagne d’anacarde continue de connaitre un démarrage très lent. Les premiers préfinancements ont commencé à arriver dans les différentes zones de production mais ils restent peu nombreux et concernent des volumes limités. Quelques camions ont également commencé à livrer du produit à Abidjan mais à un rythme particulièrement lent pour cette période de l’année.
Dans la région du Zanzan, les achats bord-champ se réalisent principalement autour de 250 FCFA/kg. Quelques achats ont eu lieu à 300 FCFA/kg mais ils étaient le fait d’acheteurs mal informés sur le marché international qui ont très vite arrêté de pratiquer ce prix en réalisant qu’ils achetaient à pertes.
Dans la Vallée du Bandama et dans les Savanes, malgré quelques ventes autour de 250 FCFA/kg, les prix appliqués sont très majoritairement entre 200 et 225 FCFA/kg.
Dans le Denguélé, on observe encore quelques ventes à 150 FCFA/kg tandis que le prix de 200 FCFA/kg tend à se généraliser.
Les prix actuellement payés pour le produit livré au port d’Abidjan varient entre 275 et 300 FCFA/kg selon les acheteurs et la qualité. Ces prix signifient que les acheteurs qui collectent du produit en ce moment réalisent des marges extrêmement faibles et peuvent facilement se retrouver à vendre à pertes.
Cette situation est très risquée pour l’ensemble de la filière car des ventes à pertes pourraient favoriser le retrait de certains acheteurs et aboutir à une baisse de prix importante.
Il est très important pour la filière anacarde de Côte d’Ivoire d’éviter une situation semblable à celle que traverse actuellement la Tanzanie, où, trois mois après la récolte, 50% de la production de noix brute reste toujours invendue en raison du refus des autorités de revoir le prix minimum à la baisse.
Cette semaine le marché de l’anacarde au Burkina est marqué par la fixation d’un prix plancher. Le prix bord-champ de 200 FCFA le kilogramme a été décidé par les différents acteurs (producteurs, transformateurs et commerçants), une première au Burkina ! Cette nouvelle situation n’a pas encore affecté les prix bord-champs qui restent pratiquement identiques à ceux de la semaine passée.
Ainsi sur l’axe Toussiana, les prix constatés cette semaine restent entre 325 et 350 FCFA la boite de 1,5 kg au niveau bord champ. Tandis que sur celui d’Orodara, la boite de noix de cajou est échangée contre 400 à 425 FCFA. Des ventes de 450 FCFA la boite ont été enregistrées en fin de semaine.
A Bobo Dioulasso, le kilo est acheté maintenant à 250 FCFA aux pisteurs soit un regain de 25 FCFA par rapport à la semaine précédente. D’une manière générale, les mouvements des acteurs constatés dans la région cette semaine (surtout sur l’axe Orodara) expliqueraient la différence de prix par rapport aux autres localités.
Le marché de l’anacarde en Afrique de l’Ouest
Au Ghana, il semble que les prix soient légèrement plus élevés avec des achats autour de 300 FCFA/kg. Il faut cependant rappeler que le Ghana bénéficie d’une situation déconnectée de la réalité. La crise ivoirienne de 2011 a favorisé l’implantation de nombreux exportateurs dans le pays et provoqué une forte concurrence pour l’achat du produit. Il est fort probable que les achats qui ont actuellement lieu au Ghana à un tel niveau de prix soient des achats à pertes réalisés par des acheteurs mal informés sur le marché international et sur le produit disponible. La frontière Ghana-Côte d’Ivoire semble être relativement bien fermée cette année et beaucoup d’acheteurs dans ce pays risquent de ne pas avoir accès aux volumes d’anacarde espérés.
Le marché international de l’anacarde
Sur le marché international, la noix brute comme de l’amande de cajou restent stables. La noix brute entre 850 et 1000 USD/t CAF(1) selon la qualité, l’amande entre 3,2 et 3,4 USD/lb selon les vendeurs pour le grade WW320(2) FOB(3).
Les divergences de prévision continuent d’être importantes alors que des informations contradictoires sont données sur les récoltes à venir dans les principaux pays producteurs. De manière générale, les acheteurs d’amande européens et américains s’attendent à une nouvelle baisse des prix avec l’arrivée des grandes récoltes (Inde, Vietnam, Côte d’Ivoire) tandis que les transformateurs se focalisent sur la possibilité de récoltes moins bonnes que prévues et sur les premiers signes de reprise de la consommation.
Tout comme l’année dernière, les récoltes sont en retard tant en Asie qu’en Afrique, et dans la culture de l’anacarde les retards sont généralement synonymes de mauvaises production. Mais jusqu’à présent peu d’acteurs se focalisent encore sur cette donnée. Les Vietnamiens, malgré les orages qui ont touché leurs vergers en janvier et comme les années précédentes annoncent une production en hausse. Mais, comme les années précédentes, les informations en provenance du Vietnam restent aussi très douteuses.
Tout le monde estime également que la production en Afrique de l’Ouest sera particulièrement bonne, ce qui au vu de la situation en Côte d’Ivoire reste incertain.
Nous continuons donc de penser que la bonne production mondiale attendue par beaucoup d’acheteurs d’amande est largement surestimée. Mais l’importance des stocks actuellement disponibles en Afrique de l’Est (Tanzanie et Mozambique) devrait dans tous les cas limiter toute hausse de prix durant la campagne.
Le taux de change entre le Franc CFA et le Dollar reste stable autour de 1 USD = 500 FCFA.
Recommandations
Les prix bord-champ actuels entre 200 et 250 FCFA/kg sont de bons prix qui correspondent à ceux pratiqués actuellement sur le marché international. Ils devraient rester stables au cours des prochaines semaines mais les chances de les voir baisser au cours de la campagne sont actuellement plus grandes que celles de les voir augmenter.
Nous conseillons donc aux producteurs de vendre leur produit au fur et à mesure de la récolte et de ne pas chercher à faire de la rétention.
Nous conseillons aux commerçants de rester très prudents et de ne pas acheter de trop gros volumes sur fonds propres.
Nous conseillons aux transformateurs d’étaler leur approvisionnement sur toute la campagne de façon à ne pas trop souffrir d’une soudaine et forte fluctuation de prix.
(1) CAF : « Coûts, Assurance et Fret ». Terme commercial utilisé pour désigner le prix d’un produit livré au port de destination et non déchargé, ici les ports de Cochin et Kollam en Inde et le port d’Ho Chi Minh au Vietnam.
(2) WW320 : « Whole White 320 », en français « amande blanche de taille moyenne ». Après que les noix de cajou brutes aient été décortiquées, il s’agit du grade d’amande le plus produit et dont le prix sert de référence pour le prix de l’anacarde en général.
(3) FOB : « Free On Board », en français « libre à bord du bateau ». Terme commercial utilisé pour désigner le prix pour un produit livré à son port de départ, chargé sur un bateau et prêt à partir pour un port de destination.
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