5 JUIN 2012


Le marché en un coup d’oeil


Le marché de l’anacarde en Côte d’Ivoire

La semaine dernière et le début de cette semaine ont été marqués par un très fort ralentissement des achats et une nette baisse des prix sur tout le territoire. La congestion prolongée du port, qui dure depuis maintenant près d’un mois, s’est combinée avec une forte baisse des commandes de noix de cajou brute en provenance d’Inde. Dans ces conditions, beaucoup d’acheteurs ont dû diminuer voire arrêter leurs activités dans le secteur de l’anacarde.

D’après nos estimations, près d’un tiers de la récolte 2012 est encore entre les mains des producteurs. Bord-champ nous constatons qu’environ la moitié des producteurs ont déjà vendu toute leur production tandis que plus d’un tiers conserve encore la totalité de sa récolte et que seulement une petite partie a réalisé des ventes partielles et ne conserve que de petits stocks.

Dans les régions du Denguélé, des Savanes, du Worodougou, de la Vallée du Bandama et du Zanzan, quelques achats se font encore à 300 FCFA/kg mais le prix majoritairement appliqué bord-champ est de 275 FCFA/kg et quelques ventes se font même à 250 FCFA/kg. La majorité des producteurs qui ont encore du produit continue de stocker en attendant un redressement des prix.

Au port d’Abidjan, les livraisons correspondant à d’anciennes commandes continuent de se faire autour de 350 FCFA/kg mais peu d’exportateurs passent de nouvelles commandes et lorsqu’ils le font les prix proposés varient entre 290 et 330 FCFA/kg.

La qualité mesurée dans les zones de production est très variable. Certains stocks disponibles sont encore autour de 48 lbs mais la majorité du produit disponible bord-champ a un KOR (1) entre 42 et 46 lbs.


Le marché de l’anacarde en Afrique de l’Ouest

Au Burkina Faso, la commercialisation de l’anacarde tend vers la fin. Le nombre d’acheteurs connait une forte diminution. Les prix bord-champ sont en légère baisse et varient entre 250 et 325 FCFA/kg selon les acheteurs et les localités. La grande majorité des producteurs a d’ores et déjà vendu toute sa production.

Les campagnes d’anacarde finissent également au Nigeria, au Bénin et au Ghana. Dans tous ces pays les prix pratiqués sont dans des fourchettes très larges selon les zones et les acheteurs. Au Bénin et au Ghana, les prix varient globalement entre 325 et 375 FCFA/kg.

Au Sénégal et en Guinée Bissau, la campagne de commercialisation est en cours mais les commandes ont diminué et les prix tendent à se tasser entre 375 et 400 FCFA/kg. Dans les deux pays, la production est attendue en légère baisse.

Le marché international de l’anacarde

Les prix pratiqués sur le marché international de l’anacarde ont continué de baisser la semaine dernière mais se sont stabilisés en ce début de semaine.
Les volumes échangés restent relativement faibles dans un contexte de forte incertitude sur la consommation à venir. En effet, la croissance économique de l’Inde, premier pays consommateur d’anacarde, a connu un léger repli au cours des derniers mois et une forte chaleur touche actuellement le pays, phénomène qui a généralement tendance à faire baisser la consommation de fruits secs.

Dans ces conditions, l’amande de cajou de grade WW320 (2) se vend actuellement entre 3,45 et 3,65 USD/lb (3985 à 4215 FCFA/kg) FOB (3). Cette fourchette très large illustre notamment une forte différence entre les gros transformateurs qui pensent que les prix vont repartir à la hausse prochainement et ne veulent pas baisser leurs offres de ventes, et les petits et moyens transformateurs, obligés de vendre régulièrement du produit par manque de fond de roulement.

Les livraisons de noix brutes ouest africaine en Inde sont désormais importantes et beaucoup de transformateurs attendent d’avoir plus de visibilité sur les prix de l’amande avant de passer de nouvelles commandes. Les prix CAF4 offerts actuellement sont donc en baisse autour de 1100 USD/t (577 FCFA/kg) pour la noix du Bénin avec un KOR moyen de 49, autour de 1000 USD/t (525 FCFA/kg) pour la noix de Cote d’Ivoire KOR moyen 46 et autour de 1300 USD/t (682 FCFA/kg) pour la noix de « SégGaBi » (Sénégal, Gambie, Guinée Bissau) KOR moyen de 51.

Le taux de change Franc CFA – Dollar US reste très favorable aux exportateurs. Le Dollar a continué de s’apprécier pour dépasser 1 USD=525 FCFA au cours des derniers jours.

Le point de vue des analystes

Le blocage du port d’Abidjan se combinant avec un fort attentisme sur le marché international, le ralentissement des achats et la baisse de prix ont été plus importants que nous l’avions prévu la semaine dernière.

Les conditions macro-économique décevantes en Europe mais aussi en Chine et en Inde, inquiètent les acteurs du marché international de l’anacarde et les poussent à limiter toute prise de risque en ne travaillant que sur du court terme. C’est cette aversion au risque qui provoque les fortes fluctuations connues depuis le début de la campagne.

Sur la base de nos estimations de récoltes 2012 en baisse qui restent jusqu’à présent confirmées partout, nous continuons de penser que le fonctionnement « au jour le jour » actuel va provoquer une hausse importante avec l’arrivée des commandes pour la grande période de consommation à partir de fin juin. Toutefois, plusieurs semaines peuvent encore s’écouler avant que les commandes asiatiques ne fassent remonter les prix de la noix brute en Côte d’Ivoire. Il est donc très dangereux de conserver des stocks importants. 
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(1) KOR : Kernel Output Ratio (rendement en amande), c’est l’unité de mesure de la qualité moyenne d’un lot de noix de cajou brute. Elle s’exprime en livres (lb) d’amandes obtenues par sac de 80 kg de noix brutes décortiqués.
(2) WW320 : « White Whole 320 », en français « amande blanche de taille moyenne ». Après que les noix de cajou brutes aient été décortiquées, il s’agit du grade d’amande le plus produit et dont le prix sert de référence pour le prix de l’anacarde en général.
(3) FOB : « Free On Board », en français « libre à bord du bateau ». Terme commerciale utilisé pour désigner le prix pour un produit livré à son port de départ, chargé sur un bateau et prêt à partir pour un port de destination.
(4) CAF : « Coûts, Assurance et Fret ». Terme commercial utilisé pour désigner le prix d’un produit livré au port de destination et non déchargé, ici les ports de Cochin et Kollam en Inde et le port d’Ho Chi Minh au Vietnam. 


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