Bilan de la campagne 2012
Certains diront que toutes les
campagnes de commercialisation de l’anacarde en Afrique de l’Ouest sont
compliquées. Mais la campagne 2012 fait sans aucun doute partie de celles qui
l’ont le plus été, tant pour les producteurs que pour les commerçants et les
transformateurs d’anacarde.
Le marché international de
l’anacarde reste encore largement soumis au manque d’information et aux
rumeurs. Plus de transparence et de canaux d’information sont nécessaires et
c’est pourquoi le Service N’Kalô continue de s’améliorer pour vous apporter une
information et des conseils toujours plus pertinents et toujours plus utiles.
Le début de la campagne 2012
est resté marqué par le choc d’une consommation extrêmement décevante sur les
trois derniers mois de l’année 2011 alors que les prix internationaux de
l’anacarde avaient atteint leur plus haut historique en septembre.
Pourtant, en Afrique de
l’Ouest, acheteurs locaux et producteurs, se basant sur les prix appliqués en
2010 et 2011, ont favorisé une forte spéculation locale avant même l’entrée en
action des acheteurs internationaux. Ainsi, entre février et mars 2012, alors
que très peu d’achats avaient réellement lieux, les prix sur le marché local de
tous les pays africains étaient plus élevés que leur équivalent sur le marché
international.
Finalement, au cours du mois
d’avril, les rumeurs annonçant de très bonnes récoltes dans tout l’hémisphère
nord, et notamment au Vietnam ont été démenties, tandis que les stocks d’amande
de cajou dans les zones de consommation semblaient diminuer fortement. Le
commerce de la noix brute comme de l’amande de cajou a ainsi connu une forte
accélération au cours du mois de mai.
Toutefois, cette forte période
d’activité pour tous les acteurs du marché de l’anacarde n’a duré que quelques
semaines et dès le début du mois de mai ce sont les craintes sur la
consommation mondiale de noix de cajou qui ont repris le dessus.
Au final que reste-il ?
- Des producteurs et des commerçants africains qui se
retrouvent avec d’importants stocks invendus dans les deux principaux pays
producteurs d’Afrique de l’Ouest (Côte d’Ivoire et Guinée-Bissau),
- Des transformateurs asiatiques qui se sont
approvisionnés tardivement et se retrouvent avec une noix brute de mauvaise
qualité payée à un prix élevé.
- Des craintes pour l’ensemble de la filière alors que
la consommation donne peu de signes de reprise et que la production d’amande
californienne (produit concurrent de l’anacarde) atteint de nouveaux records et
que les prix de ce produit se maintiennent bien en dessous ceux de l’anacarde.
Mais pas seulement, cette
campagne offre également de belles opportunités :
- Aux transformateurs récemment implantés en Afrique
de l’Ouest qui peuvent s’approvisionner à des prix particulièrement
intéressants à une période où d’autres années plus aucunes noix ne restaient
disponibles.
- Aux transformateurs brésiliens qui après une
première année d’approvisionnement en Afrique à prix élevé en 2011 sont en
train de renforcer leurs importations de noix africaines à un prix très
avantageux.
- A l’ensemble de la filière, pour réajuster ses
habitudes et ses objectifs autour d’un prix moyen qui reste plus élevé que
celui connu au cours des années 2000 mais qui ne doit pas se déconnecter du
marché global des fruits à coques sous peine de connaitre de violents
transferts de consommation.
Pour conclure soulignons une
leçon importante de l’année 2012 :
Le secteur de l’anacarde ne
peut pas vivre sainement sur des relations commerciales à court terme. Alors
que tout le secteur de la transformation en Asie crie à la nécessité
d’améliorer la qualité des noix brute en Afrique, il semble nécessaire de
rappeler deux évidences :
- les pratiques de récolte/post-récolte africaines sont adaptées à des niveaux de prix traditionnellement bas, elles ne s’amélioreront que si les prix moyens payés au producteur s’améliorent également.
- La noix brute de début de campagne (février-mars-avril) est toujours de bien meilleure qualité que celle de fin de campagne (mai-juin-juillet), les transformateurs qui veulent du produit de bonne qualité doivent tout faire pour s’approvisionner au plus tôt, et pour cela, les importateurs européens doivent également passer des contrats à livraison différée (forward) le plus tôt possible dans la campagne.
Ci-dessous l’évolution des prix
bord-champ en Côte d’Ivoire et au Burkina Faso, des prix au pour la noix brute
livrée à Abidjan et des prix de l’amande de cajou entre Janvier et Septembre
2012.
Bilan de l'analyse 2012
Comme chaque année nous
présentons les résultats de notre analyse et de nos conseils.
En début de campagne, étant
donné les incertitudes qui régnaient sur le marché international nous avons
opté pour une grande prudence et conseillé aux producteurs de vendre au moins
la première moitié de la récolte à partir de la fin du mois de mars et pendant
les premières semaines d’avril. Ce message semble avoir était suivi par
seulement la moitié des producteurs utilisateurs du service N’Kalô, beaucoup de
producteurs préférant attendre le prix indicatif officiel fixé à 310 FCFA/kg.
A la fin du mois d’Avril, face
à la forte reprise du marché international, nous avons conseillé aux
producteurs d’attendre quelques semaines avant de vendre leur produit.
Au cours du mois de Mai, malgré
des perspectives qui nous semblaient toujours haussières, nous avons recommandé
aux producteurs de vendre 75 à 100 % de leur production dès qu’ils pouvaient
obtenir 300 FCFA/kg. Le risque d’une baisse des prix liée à la qualité poussait
à limiter la prise de risque maximum à 12,5% maximum du volume récolté. Cette
fois, environ deux producteurs utilisateur du service sur trois semblent avoir
suivi ces recommandations. Dans le tiers restant, la moitié ont vendu la 50% de
leur récolte et l’autre moitié, plus spéculatrice, à tout stocké.
A partir de la mi-juin 2012,
lorsqu’une baisse durable de l’ensemble du marché de l’anacarde a commencé à se
dessiner, nous avons conseillé aux producteurs de vendre la totalité de leur
production.
Ci-dessous vous trouverez des
graphs sur la pertinence de nos anticipations par rapport à l’évolution réelle
des prix bord-champ dans quatre régions de Côte d’Ivoire et dans la région des
Hauts-Bassins au Burkina Faso.
D’après les résultats d’une
enquête indépendante réalisée en Juillet 2012 sur une population de 366
producteurs d’anacarde1, les producteurs utilisateurs du service N’Kalô ont
obtenu un prix de vente moyen entre février et juillet supérieur de 20 Francs
CFA/kg à celui obtenu par les producteurs non bénéficiaires.
En outre, seulement 46% des
producteurs utilisateurs du service N’Kalô conservaient des stocks au moment de
l’enquêtes tandis que 73% des producteurs non utilisateurs en conservaient
toujours.
(1) Enquête réalisée du 20 au 26 Juillet 2012 par le
cabinet Le Mont Horeb dans quatre régions de Côte d’Ivoire productrices
d’anacarde, sur deux populations de planteurs d’anacarde : 167 producteurs
utilisateurs du service N’Kalô et 199 producteurs non-utilisateurs et sans
connaissance du service N’Kalô. Prix de vente moyen pondéré par les volumes obtenus
: 260,12 FCFA/kg pour les producteurs utilisateurs, 238,8 FCFA/kg pour les
producteurs non-utilisateurs. 129 producteurs non-utilisateurs avaient encore
un stock d’anacarde invendu au moment de l’enquête contre 77 producteurs
utilisateurs.

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